Petite musique de nuit

Ce soir, assise assez près du foyer pour sentir le mordant de ses flammes, je taille de minces bûchettes pour allumer les prochains feux.

Le rythme se met en place. Je prends un morceau de bois, je le maintiens entre deux doigts et j’abats la petite hache en aidant son cheminement le long des fibres jusqu’à ce que la bûchette se détache. Je place ensuite les allumettes ainsi taillées dans le panier en osier qui leur est dédié. Chacune d’entre elles est la promesse de feux vite allumés, bienfaisants sans délai.

Je répète ces gestes comme on égrène un chapelet. Seule et absorbée par ma tâche, rien ne vient troubler la venue d’une pensée, puis d’une autre, puis d’une autre, puis d’une autre.  Elles se pressent entre deux coups de hache, crépitent en désordre comme le feu près de moi. C’est la cacophonie, quand soudain elles s’ajustent au rythme de la lame qui fend le bois aussi bien que le métronome fend la continuité du temps. Je suis le métronome, la hache mon aiguille, mes pensées la musique ; et le feu ronronnant sans relâche nous sert de bourdon.

Le panier est plein, il faut faire silence. Seul le feu bourdonne encore, consumant mes dernières pensées.

 

 

 

 

 

Plutôt couleur ou noir et blanc ? Je n’arrive pas à choisir.