Je veille

Là où je demeure, le soleil est roi
La pluie passe, légère, furtive
Un chêne m’offre cependant
L’ombre de sa couronne
Et un tapis de lierre à son pied

Je vais parfois en pèlerinage
Sous cette voûte fraîche et humide
Je célèbre le souvenir lointain
Des rivières de mon enfance
Maloise, Jourdain, Vrille
Et des étangs bordés de roseaux
Angelier, Forge, Chantemerle

Sous ce chêne je l’attends
Celle qui ordonne
A l’eau vive et aux serpents
J’espère le voir miroiter
Ce joyau sur son front
J’espère sentir son souffle
Déposer en mon oreille
Les secrets et légendes
Du pays qui fut le mien

Dans le feu du couchant
J’espère sa venue
Flot bleu vital et puissant
Je veille, je l’attends

La vouivre

Son âme pudique est partie dès qu’ils ont eu le dos tourné.

Tant de choses deviennent inconsistantes
quand on les jauge à l’aune de la mort.

D’autres se parent de sublime,
comme ces rayons de soleil qui percent à travers le mûrier.

Adieu Martine.

Trente jours

Oh ! Voilà trente jours que nous sommes libres
Pourtant pas de liesse, mais une grande colère
Parce qu’un simulacre de liberté ne suffit pas

Trente jours, à voir passer sous ma colline
L’avalanche absurde, le torrent ubuesque
Des déclarations, décisions, allégations,

Vomies par les roitelets qui trônent ici et là

Oh ! Petites tomates, cornichons et persil
Sarrasin et courges en tous genre
Physalis, consoude et menthe nanah

Sauge violette, lavande et romarin
Et vous ipomées, pois de senteur et capucines
Frêles mais puissantes et généreuses

Quel grand réconfort je trouve auprès de vous !

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Petit matin mouillé de pluie
Tout flotte, tout nage
Le potager et la yourte aussi
Vaisseaux prêts au voyage :
Où allons-nous cette fois-ci ?
Quelle mer ? Quel rivage ?
Petites laitues accrochez-vous ici !
Quelles haltes ? Quels abordages ?

Et tout proche, le voici
Le vieux mûrier sans âge
Il est notre amer, et ainsi
Je ne crains pas les mirages.

Jour de chine

Aujourd’hui, c’est brocante en petit comité. Masqué.es, hydroalcoolisé.es, chacun et chacune attend son tour, pour renouer enfin avec le plaisir de chiner.

C’est mon tour ! Tant de choses jolies, ou pas du tout. Et soudain le voici, l’objet kitch mais adorable, qui enjolivera ma journée. Un livre, de bien mauvaise facture, sur le sujet désuet du langage des fleurs.

Mais oh ! Merveille ! Les gardes sont parfumées à la jacinthe des bois. De synthèse certainement mais fort plaisante ; l’effluve me transporte dans un paradis sylvestre, quelque part en Bourgogne. Réminiscence au goût de madeleine, tapie de lierre et d’humus ; dont Proust ne renierait pas les charmes.

La relieure que j’ai été aurait rougi de cet achat. L’épicurienne que je suis ne le regrettera pas.

|18| Tu viens ?

Ce matin, dans la chaleur de mon lit, je pensais à ce délice qui parfois me manque. Ce doux abandon quand la lumière bleue d’un hiver ensoleillé, transperce la toile fine et invite mes yeux à la fête qui se joue dehors.

Avec un frisson, je sors de mon cocon duveteux pour plonger de toute mon âme dans un monde cristallin, celui de la clairière de montagne qui a bordé mes rêves de la nuit.

La neige neuve pave le pré d’éclats de soleil aveuglants mais beaux. L’air frais galvanise mes poumons et la vue des sommets alentour m’électrise jusqu’à l’exaltation.

Mon corps enfin est prêt au réveil. Il naît, se meut, vit. Le froid l’enveloppe et l’aide à éclore davantage. Le soleil orchestre un printemps paradoxal, faisant s’élever les corps chauds dans cet écrin de glace.

Ce matin, dans la chaleur de mon lit, je suis en pensée sur le seuil enneigé de ma tente. Plus tard dans la journée, j’y suis encore. Avec ces quelques taches de couleur, je prolonge l’ivresse et t’invite, toi qui me lis, à me rejoindre dans ce paradis clair et pur.

|17| Depuis plusieurs jours…

…le flux de mots en moi s’est un peu tari ; la fatigue physique rend moins claires les suggestions de l’esprit. Le retour du soleil me presse de travailler au jardin, de construire, de réparer, de faucher, de cueillir, de regarder sans cesse cet horizon lointain qui est le mien, ces herbes folles qui me narguent. La pluie aussi m’appelle pour que je lui offre mon front. J’éprouve comme une urgence à jouir du dehors, un besoin de mener intensément cette vie rustique. Pas pour la jeter au visage de celles et ceux qui en sont privés, mais plutôt pour la maintenir désirable, accessible, tangible. Pour la brandir au bout du poing devant les puissants qui en rient depuis leurs salons dorés.

Le cal de mes mains sera donc mon étendard, au service de la liberté. Et si les mots me manquent, dehors il y aura encore une certaine dose de poésie.

|15| Ce matin après la pluie

Ce matin après la pluie

Odeur capiteuse des fleurs voisines
Résonne avec mon âme alanguie
Soudain me voilà en pensée de nouveau
Dans cette église aux bulbes dorés
Contemplant les frêles bougies
Écrasée par l’encens qui me grise
Et le chant de jeunes popes exaltés
Tout est charmant et lourd
Même l’écho lointain de la ville
Grouillante, au lustre fané