Un texte de mon ami Jean…

…pour accompagner l’une de mes photos, prise lors d’une promenade dans un village du Vercors.

Dit du mur et du lierre

Ainsi sont les pierres du mur

Dures

Solides

Solidaires

En nombre non négligeable

Pourtant les branches de lierre

Portant milliers de racines et de feuilles fragiles

Montant à l’assaut

A force de patience et d’opiniâtreté

En viendront à bout

Ainsi des puissants et des peuples du monde des humains

Jean Roy, janvier 2020

Petite musique de nuit

Ce soir, assise assez près du foyer pour sentir le mordant de ses flammes, je taille de minces bûchettes pour allumer les prochains feux.

Le rythme se met en place. Je prends un morceau de bois, je le maintiens entre deux doigts et j’abats la petite hache en aidant son cheminement le long des fibres jusqu’à ce que la bûchette se détache. Je place ensuite les allumettes ainsi taillées dans le panier en osier qui leur est dédié. Chacune d’entre elles est la promesse de feux vite allumés, bienfaisants sans délai.

Je répète ces gestes comme on égrène un chapelet. Seule et absorbée par ma tâche, rien ne vient troubler la venue d’une pensée, puis d’une autre, puis d’une autre, puis d’une autre.  Elles se pressent entre deux coups de hache, crépitent en désordre comme le feu près de moi. C’est la cacophonie, quand soudain elles s’ajustent au rythme de la lame qui fend le bois aussi bien que le métronome fend la continuité du temps. Je suis le métronome, la hache mon aiguille, mes pensées la musique ; et le feu ronronnant sans relâche nous sert de bourdon.

Le panier est plein, il faut faire silence. Seul le feu bourdonne encore, consumant mes dernières pensées.

 

 

 

 

 

Plutôt couleur ou noir et blanc ? Je n’arrive pas à choisir.

Hommage à l’insignifiance apparente du thym sauvage

Au dessus du hameau de Veaux, le thym sauvage prend racine dans de petites clairières bordées de chênes verts et de genévriers.

Séché par l’ardent soleil de Provence, il semble mort sur pied. Il garde pourtant un arôme puissant qui se dépose au creux de la main qui le presse, ravivant le souvenir des ratatouilles de l’été finissant et promettant de bonnes tisanes pour l’hiver qui approche.

Son tronc tortueux naît gracieusement du sol ocre parfois tapis de mousse. L’élan de la vie est habilement souligné dans ce mouvement figé, comme statufié, tendu vers le ciel.

Ses minuscules feuilles – d’un beau vert argenté – s’agencent en calices harmonieux et réguliers.

Cet aromate que l’on foule négligemment au pied, possède une architecture élégante et inspirante; quoique miniature et donc invisible à qui ne se penche pas dessus avec attention.

Les calices élégants du thym sont propices aux explorations graphiques.

 

Escale à Combovin pour la nuit

Combovin est comme l’amour en cage. Retranchée derrière ses montagnes et ses grilles de fer forgé, elle ressemble à un fruit mûr qui s’offre généreusement à ceux qui se donnent la peine de lui rendre visite.

 

Combovin la douce.

Protégée des abords agités du Rhône par les petites montagnes de la Raye, Combovin se love au creux d’un paisible vallon. La quiétude y endort les chats, adoucit le cœur de ses habitants et apaise celui de la voyageuse en quête de repos.

En marchant à travers les rues secrètes, je tente de deviner la vie cachée derrière chaque porte, chaque grille ouvragée. Un souvenir me guide : celui d’Anthony; doux adolescent rencontré à Valence, aussi affable que ce village qui est le sien.

Pour clore cette journée, je me délecte des fruits de la générosité : du pain offert par les bons amis avant mon départ, des mûres bien charnues et un physalis : présents trouvés dans cette ravissante combe.

 

Un petit matin ensorcelant

Sept heures du matin, dans le silence du Vercors. Venus des bois proches, baignés de bleu et de noir par le jeu de la lune à travers les résineux.

Les hurlements d’une meute de loups (qui étaient en fait…des chiens de traîneau :)).

Forte émotion d’entendre enfin ces cris tant de fois fantasmés, tant de fois imaginés; beaux et inquiétants.