Trois petits poèmes

Le vent depuis trois jours m’assiège
Il chahute mes idées, les disperse
Et je m’épuise à les rassembler

Ce soir, dernière tentative

Je jette l’ancre de mon corps dans l’épaisseur du bureau
Et l’encre de mon stylo se fixe dans le grain du papier

Ainsi amarrées, mes idées peuvent se mouvoir sans se perdre
Elles ne luttent plus contre le vent mais dansent avec lui

Danser plutôt que lutter, j’ai enfin compris

J’ai la poésie éruptive
Elle déborde sans façon
J’aimerais qu’elle soit arbustive
Ciselée feuille après feuille
Mûrie, pourvue d’écorce
En plus de sa sève

La frustration est ce point sans coordonnées sur lequel pourrait naître un monde où rien ne nous résiste et où pourtant la saveur du désir resterait intacte.

A cet endroit aussi précis qu’introuvable, M. C. Escher siroterait le contenu d’un verre sans fond en compagnie du Baron de Münchhausen, contemplant l’océan depuis Horseshoe Bay.

La garde

Je vais bientôt les retrouver
Blanches, têtues et amicales
Avec leurs pampilles et barbiches
Guidées par leur appétit changeant
Tantôt à la lisière du bois
Tantôt au bord de la rivière
Et parfois dans les hautes herbes

Là, gardienne débutante,
Je pourrai savourer le miel
D’une solitude paradoxale
Liée à ces quinze chèvres
Soucieuse, alerte, en éveil
Attentive à leurs besoins
Et pourtant sans mes semblables

Seule, installée en moi-même
Pleine de mes pensées,
Des récits de mon âme

Et parfois, Gentille c’est son nom,
Viendra doucement poser
Sa tête contre moi

Comme pour me sauver
De l’abîme

Je veille

Là où je demeure, le soleil est roi
La pluie passe, légère, furtive
Un chêne m’offre cependant
L’ombre de sa couronne
Et un tapis de lierre à son pied

Je vais parfois en pèlerinage
Sous cette voûte fraîche et humide
Je célèbre le souvenir lointain
Des rivières de mon enfance
Maloise, Jourdain, Vrille
Et des étangs bordés de roseaux
Angelier, Forge, Chantemerle

Sous ce chêne je l’attends
Celle qui ordonne
A l’eau vive et aux serpents
J’espère le voir miroiter
Ce joyau sur son front
J’espère sentir son souffle
Déposer en mon oreille
Les secrets et légendes
Du pays qui fut le mien

Dans le feu du couchant
J’espère sa venue
Flot bleu vital et puissant
Je veille, je l’attends

La vouivre

Son âme pudique est partie dès qu’ils ont eu le dos tourné.

Tant de choses deviennent inconsistantes
quand on les jauge à l’aune de la mort.

D’autres se parent de sublime,
comme ces rayons de soleil qui percent à travers le mûrier.

Adieu Martine.

Trente jours

Oh ! Voilà trente jours que nous sommes libres
Pourtant pas de liesse, mais une grande colère
Parce qu’un simulacre de liberté ne suffit pas

Trente jours, à voir passer sous ma colline
L’avalanche absurde, le torrent ubuesque
Des déclarations, décisions, allégations,

Vomies par les roitelets qui trônent ici et là

Oh ! Petites tomates, cornichons et persil
Sarrasin et courges en tous genre
Physalis, consoude et menthe nanah

Sauge violette, lavande et romarin
Et vous ipomées, pois de senteur et capucines
Frêles mais puissantes et généreuses

Quel grand réconfort je trouve auprès de vous !