Petite musique de nuit

Ce soir, assise assez près du foyer pour sentir le mordant de ses flammes, je taille de minces bûchettes pour allumer les prochains feux.

Le rythme se met en place. Je prends un morceau de bois, je le maintiens entre deux doigts et j’abats la petite hache en aidant son cheminement le long des fibres jusqu’à ce que la bûchette se détache. Je place ensuite les allumettes ainsi taillées dans le panier en osier qui leur est dédié. Chacune d’entre elles est la promesse de feux vite allumés, bienfaisants sans délai.

Je répète ces gestes comme on égrène un chapelet. Seule et absorbée par ma tâche, rien ne vient troubler la venue d’une pensée, puis d’une autre, puis d’une autre, puis d’une autre.  Elles se pressent entre deux coups de hache, crépitent en désordre comme le feu près de moi. C’est la cacophonie, quand soudain elles s’ajustent au rythme de la lame qui fend le bois aussi bien que le métronome fend la continuité du temps. Je suis le métronome, la hache mon aiguille, mes pensées la musique ; et le feu ronronnant sans relâche nous sert de bourdon.

Le panier est plein, il faut faire silence. Seul le feu bourdonne encore, consumant mes dernières pensées.

 

 

 

 

 

Plutôt couleur ou noir et blanc ? Je n’arrive pas à choisir.

Le roi de Thulé

 

Il était un roi de Thulé

Qui jusqu’à la tombe fidèle

Eût en souvenir de sa belle

Une coupe en or ciselé

 

Nul trésor n’avait tant de charmes

Dans les grands jours il s’en servait

Et chaque fois qu’il y buvait

Ses yeux se remplissaient de larmes

 

Quand il senti venir la mort

Étendu sur sa froide couche

Pour la porter jusqu’à sa bouche

Sa main fit un suprême effort

 

Et puis, en l’honneur de sa dame

Il but une dernière fois

La coupe trembla dans ses doigts

Et doucement il rendit l’âme

Cette ballade, chantée par Marguerite dans le Faust de Gounod, est inspirée d’un poème de Goethe.

Pour écouter l’interprétation de Cheryl Studer c’est :

ICI

 

Habiter – réflexion

Construire un feu. N’est-ce pas une façon de poser enfin ses valises, de désigner – de façon littérale et figurée – son foyer ? Un feu comme une fondation, une première pierre en quelque sorte.

Vive la récup’ ! Les palissades viennent de la déchetterie (un monsieur me les a données avant de les jeter à la benne), poutres récupérées d’une vieille charpente dont le propriétaire m’a autorisée à prélever une partie, panier acheté quelques centimes à la ressourcerie. Toile achetée dans un magasin de déstockage. Bois à brûler : chutes de bricolage, palettes, chutes des palissades que j’ai coupées.