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Petit matin mouillé de pluie
Tout flotte, tout nage
Le potager et la yourte aussi
Vaisseaux prêts au voyage :
Où allons-nous cette fois-ci ?
Quelle mer ? Quel rivage ?
Petites laitues accrochez-vous ici !
Quelles haltes ? Quels abordages ?

Et tout proche, le voici
Le vieux mûrier sans âge
Il est notre amer, et ainsi
Je ne crains pas les mirages.

|17| Depuis plusieurs jours…

…le flux de mots en moi s’est un peu tari ; la fatigue physique rend moins claires les suggestions de l’esprit. Le retour du soleil me presse de travailler au jardin, de construire, de réparer, de faucher, de cueillir, de regarder sans cesse cet horizon lointain qui est le mien, ces herbes folles qui me narguent. La pluie aussi m’appelle pour que je lui offre mon front. J’éprouve comme une urgence à jouir du dehors, un besoin de mener intensément cette vie rustique. Pas pour la jeter au visage de celles et ceux qui en sont privés, mais plutôt pour la maintenir désirable, accessible, tangible. Pour la brandir au bout du poing devant les puissants qui en rient depuis leurs salons dorés.

Le cal de mes mains sera donc mon étendard, au service de la liberté. Et si les mots me manquent, dehors il y aura encore une certaine dose de poésie.

|13| De Beethoven…

De Beethoven les sonates
Comme de douces pénates
Attentives et délicates
Encouragent mes tomates
A devenir écarlates
Avec à l’oreille ces sonates
Ni le courage des Sarmates
Ni la splendeur des Carpates
Ni de Bach les cantates
Ni d’enivrants aromates
Ne sont plus désirables
Que mon fauteuil et mes savates

|2| Urtica

Passer la journée chez soi,
Rien de nouveau, voici mon quotidien.
Mais savoir le monde endormi alentour,
Donne à ma solitude habituelle
Une toute nouvelle saveur.

Une fois passé l’émoi
Des brèves au flux diluvien,
Depuis ma colline comme d’une tour
Je portais une attention nouvelle
Un regard plus rêveur

Sur les choses sans éclat
Ces innombrables petits riens,
Qui peuplent chacun de mes jours.
Et parmi eux, ordinaire mais belle,
Urtica tu fis mon bonheur.

Aujourd’hui

Aux pieds ne te foulais pas,
Mais te cueillais avec soin,
Te fis sécher avec amour
Recueillis tes feuilles jadis cruelles
Pour conserver toutes tes saveurs

Demain

Me souviendrai de ce jour là,
Ce jour où j’ai pris le temps. Soudain
Consciente que mon séjour
Sur terre est comme ortie ou prunelle :
Potentiel ingrédient d’une divine liqueur.

Un texte de mon ami Jean…

…pour accompagner l’une de mes photos, prise lors d’une promenade dans un village du Vercors.

Dit du mur et du lierre

Ainsi sont les pierres du mur

Dures

Solides

Solidaires

En nombre non négligeable

Pourtant les branches de lierre

Portant milliers de racines et de feuilles fragiles

Montant à l’assaut

A force de patience et d’opiniâtreté

En viendront à bout

Ainsi des puissants et des peuples du monde des humains

Jean Roy, janvier 2020

Petite musique de nuit

Ce soir, assise assez près du foyer pour sentir le mordant de ses flammes, je taille de minces bûchettes pour allumer les prochains feux.

Le rythme se met en place. Je prends un morceau de bois, je le maintiens entre deux doigts et j’abats la petite hache en aidant son cheminement le long des fibres jusqu’à ce que la bûchette se détache. Je place ensuite les allumettes ainsi taillées dans le panier en osier qui leur est dédié. Chacune d’entre elles est la promesse de feux vite allumés, bienfaisants sans délai.

Je répète ces gestes comme on égrène un chapelet. Seule et absorbée par ma tâche, rien ne vient troubler la venue d’une pensée, puis d’une autre, puis d’une autre, puis d’une autre.  Elles se pressent entre deux coups de hache, crépitent en désordre comme le feu près de moi. C’est la cacophonie, quand soudain elles s’ajustent au rythme de la lame qui fend le bois aussi bien que le métronome fend la continuité du temps. Je suis le métronome, la hache mon aiguille, mes pensées la musique ; et le feu ronronnant sans relâche nous sert de bourdon.

Le panier est plein, il faut faire silence. Seul le feu bourdonne encore, consumant mes dernières pensées.

 

 

 

 

 

Plutôt couleur ou noir et blanc ? Je n’arrive pas à choisir.

Habiter – réflexion

Construire un feu. N’est-ce pas une façon de poser enfin ses valises, de désigner – de façon littérale et figurée – son foyer ? Un feu comme une fondation, une première pierre en quelque sorte.

Vive la récup’ ! Les palissades viennent de la déchetterie (un monsieur me les a données avant de les jeter à la benne), poutres récupérées d’une vieille charpente dont le propriétaire m’a autorisée à prélever une partie, panier acheté quelques centimes à la ressourcerie. Toile achetée dans un magasin de déstockage. Bois à brûler : chutes de bricolage, palettes, chutes des palissades que j’ai coupées.