|2| Urtica

Passer la journée chez soi,
Rien de nouveau, voici mon quotidien.
Mais savoir le monde endormi alentour,
Donne à ma solitude habituelle
Une toute nouvelle saveur.

Une fois passé l’émoi
Des brèves au flux diluvien,
Depuis ma colline comme d’une tour
Je portais une attention nouvelle
Un regard plus rêveur

Sur les choses sans éclat
Ces innombrables petits riens,
Qui peuplent chacun de mes jours.
Et parmi eux, ordinaire mais belle,
Urtica tu fis mon bonheur.

Aujourd’hui

Aux pieds ne te foulais pas,
Mais te cueillais avec soin,
Te fis sécher avec amour
Recueillis tes feuilles jadis cruelles
Pour conserver toutes tes saveurs

Demain

Me souviendrai de ce jour là,
Ce jour où j’ai pris le temps. Soudain
Consciente que mon séjour
Sur terre est comme ortie ou prunelle :
Potentiel ingrédient d’une divine liqueur.

Un texte de mon ami Jean…

…pour accompagner l’une de mes photos, prise lors d’une promenade dans un village du Vercors.

Dit du mur et du lierre

Ainsi sont les pierres du mur

Dures

Solides

Solidaires

En nombre non négligeable

Pourtant les branches de lierre

Portant milliers de racines et de feuilles fragiles

Montant à l’assaut

A force de patience et d’opiniâtreté

En viendront à bout

Ainsi des puissants et des peuples du monde des humains

Jean Roy, janvier 2020

Petite musique de nuit

Ce soir, assise assez près du foyer pour sentir le mordant de ses flammes, je taille de minces bûchettes pour allumer les prochains feux.

Le rythme se met en place. Je prends un morceau de bois, je le maintiens entre deux doigts et j’abats la petite hache en aidant son cheminement le long des fibres jusqu’à ce que la bûchette se détache. Je place ensuite les allumettes ainsi taillées dans le panier en osier qui leur est dédié. Chacune d’entre elles est la promesse de feux vite allumés, bienfaisants sans délai.

Je répète ces gestes comme on égrène un chapelet. Seule et absorbée par ma tâche, rien ne vient troubler la venue d’une pensée, puis d’une autre, puis d’une autre, puis d’une autre.  Elles se pressent entre deux coups de hache, crépitent en désordre comme le feu près de moi. C’est la cacophonie, quand soudain elles s’ajustent au rythme de la lame qui fend le bois aussi bien que le métronome fend la continuité du temps. Je suis le métronome, la hache mon aiguille, mes pensées la musique ; et le feu ronronnant sans relâche nous sert de bourdon.

Le panier est plein, il faut faire silence. Seul le feu bourdonne encore, consumant mes dernières pensées.

 

 

 

 

 

Plutôt couleur ou noir et blanc ? Je n’arrive pas à choisir.

Habiter – réflexion

Construire un feu. N’est-ce pas une façon de poser enfin ses valises, de désigner – de façon littérale et figurée – son foyer ? Un feu comme une fondation, une première pierre en quelque sorte.

Vive la récup’ ! Les palissades viennent de la déchetterie (un monsieur me les a données avant de les jeter à la benne), poutres récupérées d’une vieille charpente dont le propriétaire m’a autorisée à prélever une partie, panier acheté quelques centimes à la ressourcerie. Toile achetée dans un magasin de déstockage. Bois à brûler : chutes de bricolage, palettes, chutes des palissades que j’ai coupées.

 

Offrir sa voix au poète René Guy Cadou

En 2018, Jean me propose de joindre ma voix à la sienne pour faire entendre de la poésie sur les ondes de Radio Saint-Ferréol, à Crest.

En souvenir de cette belle collaboration, c’est l’Étrange Douceur, de René Guy Cadou, que je choisis de partager avec vous. Pourquoi ? Parce qu’on y sent toute l’intensité de l’été et notamment de ses nuits. Cette richesse que nous, dormeurs des porches bleus, campeurs intermittents ou impénitents, ressentons lors de chaque nuit passée dehors.

A lire donc, si vous le souhaitez, mais surtout …

… à écouter en cliquant ici.

 

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s’est mis à chanter
Des fleurs naissent c’est peut-être
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuilles
Le dormeur des porches bleus
L’églantine que l’on cueille
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge aux cailloux d’argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L’air est plein de pailles fraîches
De houblons et de sommeils
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C’est le toit qui se soulève
Semant d’astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison.

Photo : souvenir d’un moment de repos en Haute-Loire

Pour écouter l’émission consacrée à René Guy Cadou en entier, c’est par-là.